mercredi 8 novembre 2017



"Le Bel Oiseau"


(Paris, 13ième, 7 novembre)

Me voilà au 124 avenue d’Italie, dans un quartier qui a bien changé, répétant un spectacle joué il y a trente sept ans dans les écoles. Les articulations sont un peu rouillées, la voix est plus grave, le souffle plus court, l’enthousiasme est intact.
C’est l’histoire* d’un homme, Louis, qui fabrique une marionnette, un oiseau. Nous le voyons enfant, puis adulte et enfin vieillard. Il consacrera sa vie à faire voler cet oiseau. Celui ci  ne s’envolera qu’à l’instant où le vieil homme s’éteindra. Le temps passe, la ville s’étend, les arbres poussent, Louis travaille.
J’avais 25 ans. À l’issue d’une représentation une institutrice me dit avec une rare violence: « Ce n’est pas pour les enfants votre spectacle, c’est pas bien, c’est de la merde… » Immédiatement je sens quelque chose qui cloche. Le spectacle s’est très bien passé, adultes et enfants semblaient ravis, et cette femme tremble légèrement. Je n’ai pas le temps de répondre qu’elle s’effondre et me fait cet aveu: « Et puis d’abord, ça fait trente sept ans que j’essaye de le faire voler mon oiseau, je n’y arrive toujours pas… »
Je n’ai pas su quoi dire, j’étais bouleversé. Peut-être, maintenant saurais je lui répondre.

(* « Le Bel Oiseau » de Jean-Pierre Idatte)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire